Que sera le commerce de demain ? Il ne pourra que répondre au consommateur de demain, qui lui-même aura modifié son comportement. Découvrons les contours du nouveau commerce de proximité, identifiés par le groupe de Veille économique Métiers du réseau CERFRANCE.
Un consommateur qui veut être libre
« La tendance lourde de l’évolution des clients est dictée par l’évolution des moeurs : l’affirmation de la liberté individuelle s’accentue et devient même dominante. Le client est prêt à évoluer, vivre, consommer dans la précarité pour assouvir son besoin de liberté individuelle. Du coup, les contrats perdent de leur valeur. La société accepte une déloyauté quelque soit le contrat initial. Le contrat moral lui aussi a du plomb dans l’aile.
Le contrat moral, c’est la fidélité d’un consommateur envers une boutique, une marque. L’individu remet en cause le choix à chaque achat. Il ne se soumet plus au respect des codes classiques d’achat (horaires d’ouverture, disponibilité du produit, gamme de prix…). Il achète en fonction du moment, de la simplicité d’achat, des recommandations et du prix. La seule réaction possible : être présent au moment où le client en a besoin.
C’est-à-dire n’importe quand, n’importe où, sur n’importe quel support. Le consommateur ne signera que s’il identifie son intérêt et lui seul. Les services devront donc mettre encore plus en avant les avantages/ou bénéfices du client. Ceux-ci s’orientent principalement vers les services d’installation
et de SAV. »
Pierre Blanchard, conseiller d’entreprise, CERFRANCE Yonne
Le nouveau “bouche à oreille”, c’est “le doigt au clic”
« La notion de proximité a évolué. Un commerçant était dit “de proximité” par la situation géographique de son lieu de vente par rapport au lieu d’habitation,
par sa culture, son histoire, sa manière de communiquer proche de celle du consommateur.
Avec l’arrivée de “nouveaux clients” et de nouvelles attentes, des choix de mobilité différents, la défi nition de la proximité s’est étendue. Un bon emplacement géographique ne suffit plus. Il est essentiel de créer un environnement accessible (drive) et des produits accessibles simplement (présentation claire) ou à tout moment (distribution). Le phénomène d’achat par “tribu de consommateurs” devient de plus en plus marquant : le consommateur décide ses achats en faisant confiance aux avis et recommandations des internautes. Le nouveau “bouche à oreille”, c’est le “doigt au clic” qui crée une nouvelle approche de la proximité, basée sur des codes communautaires, des espaces partagés de discussion, de notation et d’appréciation…
Tous les codes du marketing en sont bouleversés. »
Sylvain Champolivier, responsable conseil, CERFRANCE Alliance Centre
Développer de nouvelles compétences
« La tendance n’est plus à un “seul” magasin qui propose tout mais à plusieurs magasins répondant à ces besoins différents, des besoins spécifiques, ou à la création d’espaces dédiés (la boutique dans la boutique). Cette spécialisation porte sur différents axes : le prix (magasins à prix unique…), le produit à thème (magasins consacrés à la décoration sur le thème de la mer…), la motivation d’achat (magasins Drive, magasins à arrivages de nouveautés…).
La spécialisation pousse les commerçants à élargir leur zone de chalandise, ce qui est virtuellement possible grâce à Internet. Elle les incite également à travailler différemment leur marketing pour faire venir, pour être identifié comme “le spécialiste” dans un domaine. Ce commerçant hyper spécialisé
doit donc maîtriser les moyens modernes de communication. Il se doit de maîtriser les média sociaux tels Facebook, MySpace, Twitter afin de faire la promotion de son commerce et d’inciter ses propres clients à faire de même. Il doit inciter et obtenir la recommandation de son commerce par ses clients.
Pour cela, il doit créer des lieux et événements “rencontres” : un aprèsmidi échanges entre fans de Vampires dans le magasin, une soirée-débat sur le dernier best-seller sorti dans une librairie,…
Il devient aussi un animateur de son magasin. Les marques se commercialisant sur la toile, les commerçants doivent apprendre à présenter les produits, mettre en scène leur magasin afin de répondre aux besoins sensoriels des clients par le biais d’un show room. »
Stéphanie Delille, conseillère d’entreprise, CERFRANCE Eure
Des cartes à jouer
« Le commerce est devenu un service rendu au consommateur. Celui-ci achète une solution, composée d’un produit et d’un service et ne fait pas seulement un choix dans un rayon. Quelles sont les voies possibles pour y répondre ? Le marché des services aux séniors, bien sûr. Une autre orientation importante s’adresse aux nouveaux rurbains (actifs à la ville et résidant à la campagne), qui consomment différemment. Et n’oublions pas le nouveau rapport au temps de chacun d’entre nous, qui grignote l’attractivité des périphéries commerciales et du gigantisme des rayons. Toutefois, il ne suffit pas de dire que le consommateur peut se détacher de la grande distribution de périphérie pour conclure que le centre ville a gagné la bataille. Il se joue actuellement encore une partie, celle de l’immobilier, c’est-à-dire du coût global. »
Pascal Bardot, directeur conseil, CERFRANCE Haute-Savoie


