Publié le 20 juillet 2010 par Serge Thomas, conseiller d'entreprise, CERFRANCE Haute Savoie
Fixer ses prix de vente est l’une des décisions de gestion les plus importantes du chef d’entreprise. Entre coût de revient, prix pratiqués par la concurrence, capacité du client à payer et valeur que le client attribue au produit, comment choisir le juste prix ?
« Mes produits sont-ils vendus au bon prix ? Ne suis-je pas trop cher par rapport à mes concurrents ? ». Cette interrogation est loin d’être anodine, car du prix de vente des produits ou services dépendent pour une large part la rentabilité et les conditions d’exercice de l’activité.
Coût de revient : la limite basse
S’il est communément admis que le prix de vente d’un produit doit se fonder sur ses coûts de revient, cette approche a une limite : elle suppose que la rentabilité maximale d’un produit ou service est atteinte lorsque les charges ont été compressées au maximum.
A l’inverse, comment expliquer que, sur un même linéaire, se côtoient un litre de lait à 0,55 € et un autre à 1 € s’il s’agit uniquement d’une différence de coûts de production induite par l’ajout de quelques vitamines ? Cela supposerait que tel géant de l’agro-alimentaire est moins performant sur la gestion des coûts que tel autre.
En fait, plus que le prix de revient, c’est la notion de valeur qui doit être mise en avant dans la démarche de fixation des prix de vente. Dans cette logique, le coût de revient est une limite basse à ne pas franchir. Autrement dit, comment donner de la valeur à un produit ou service à priori commun? Répondre à cette question est loin d’être facile. Cela nous renvoie à une réflexion globale sur l’entreprise, son positionnement commercial, sa connaissance du marché et les attentes des consommateurs.
Le prix, c’est ce que le client accepte de payer
Il est courant de constater que les artisans ou commerçants fixent leur prix selon deux critères : les prix pratiqués par les concurrents, la plupart du temps considérés comme un maximum, et/ou l’idée qu’ils se font de la capacité du client à payer un certain prix : « A ce prix-là, je n’aurai pas de client ». La plupart du temps, ce raisonnement fait référence à une vision restrictive du produit ou service, les attentes réelles du clients sont faiblement prises en compte.
Qu’attend-on d’un plombier ? Qu’il sache boucher une fuite d’eau. A priori, tous savent le faire. En revanche, s’il est capable d’intervenir rapidement (ce qui est la véritable attente du client), le service prend une autre valeur.
La valeur est liée aux services annexes
En réalité, plus les attentes envers le produit seront importantes et comprises par le chef d’entreprise, plus le prix de vente pourra être éloigné de son prix de revient. Dans cette démarche, la valeur n’est pas liée à la « matière première », mais plus précisément aux « services » annexes qu’il procure que ce soit en matière de praticité, de sécurité, de confort…
A l’inverse, lorsque les attentes de la clientèle sont faibles, le prix sera inévitablement tiré vers le bas. La référence deviendra le prix de revient ou le prix de marché. La recherche de rentabilité se fera surtout au travers des volumes vendus. Pour ces produits ou services « basiques » généralement soumis à une forte concurrence, le prix sera un argument fort de développement des volumes.
Les attentes des clients
Sans être exhaustif sur le sujet (d’autres critères seraient à prendre en compte : type de concurrents, durée de vie du produit…), la valeur d’un produit ou service doit être appréhendée selon des critères de différenciation qui tiennent compte des attentes des clients.
Raisonner en ces termes implique que l’artisan ou le commerçant entame une réflexion sur ce qu’il vend et à quelle catégorie de clientèle. Il n’existe pas un consommateur type, mais des consommateurs. La stratégie de l’entreprise, son organisation devront prendre en compte cette dimension : c’est le produit ou service qui doit s’adapter au client et non pas le client qui doit s’adapter au produit.