Publié le 15 novembre 2010 par Serge Thomas, conseiller d'entreprise, CERFRANCE Haute Savoie
L’optimisation sociale est souvent appréhendée au travers du montant des cotisations sociales. D’aucuns les jugent exorbitantes ; d’autres, utiles. Quels que soient les points de vue, une chose est sûre : cotiser est obligatoire. Dans ces conditions, trois questions méritent d’être posées :
- Quel est le «rendement» de mes cotisations sociales ?
- Comment en améliorer la performance ?
- Faut-il compléter ma couverture sociale ?
Le retour sur cotisations
Il y a deux catégories de cotisations sociales. Celles qui génèrent des droits, comme les cotisations maladie et retraite. Et les cotisations de solidarité qui ne procurent aucun droit à couverture sociale (mais qui contribuent à l’équilibre du système). Parmi elles, la CSG-CRDS ou encore, aussi étrange que cela puisse paraître, une partie des cotisations génératrices de droits. En effet, que se soit en matière de maladie, de décès ou encore d’allocations familiales, les cotisations sont proportionnelles au revenu. À l’inverse, la prise en charge est identique quel que soit le montant des cotisations versées. Que votre revenu soit de 14 000 € ou de 30 000 €, la prise en charge sera la même, contrairement aux cotisations sociales.
Seuls les droits à retraite, à indemnité journalière et invalidité évoluent proportionnellement au revenu… ou presque, dans la mesure où les droits à couverture sont limité au plafond de la sécurité sociale (34 620 € en 2010).
Même constat pour un chef d’entreprise dont le revenu excède le plafond de la sécurité sociale. Au-delà de ce plafond, il continue à acquitter des cotisations maladie, allocations familiales, CSG-CRDS et retraite complémentaire obligatoire, sans réel gain en matière de couverture.
Seule la retraite complémentaire obligatoire continue à produire des droits, mais à quel prix ? Un artisan dont le revenu correspond à 50 000 € est crédité de 814 points de retraite complémentaire, contre 480 pour un confrère au revenu 30 000 €. Plus prosaïquement, l’exploitant qui dispose d’un revenu social le plus élevé déboursera 4 535 € de plus par an pour bénéficier d’un complément de retraite de 78 € par année de cotisation. On peut s’interroger sur ce qu’aurait rapporté cette même somme placée sur un livret A…
Des voies d’action
Pour améliorer le rendement des cotisations obligatoires, deux axes de travail peuvent être retenus. Le premier consiste à réduire le résultat fiscal de l’entreprise pour diminuer impôt et cotisations. Cette démarche peut même permettre de «raccrocher» d’autres prestations sociales : aides au logement, bourses scolaires ou encore allocation de rentrée scolaire. Mais attention à ne pas jouer aux apprentis sorciers ! Il n’est pas forcément intéressant de perdre en revenu réel au prétexte de payer moins de charges sociales et d’impôt.
Une autre orientation peut être envisagée : transformer des prélèvements fiscaux et sociaux qui ne génèrent pas de droits en cotisations utiles, voire en placements, afin d’améliorer les revenus différés (retraite) ou de substitution (couverture soins, invalidité…) du foyer.
Dans cette optique, la mise en place d’un statut de conjoint salarié présente de multiples avantages. Le salaire et les cotisations sociales sont déductibles du résultat de l’exploitation. La baisse des cotisations du chef d’entreprise, et éventuellement de l’impôt sur le revenu, permettent de financer l’essentiel des cotisations sur salaire. Dans ce schéma, le transfert de cotisations du dirigeant vers son conjoint permet, entre autres, d’augmenter les droits à retraite du foyer pour un coût marginal.
Au-delà, la présence d’un salarié dans l’entreprise peut ouvrir la porte à d’autres outils, à l’instar du Plan Épargne Entreprise, de l’intéressement, du Plan Épargne Retraite (Perco)… Ils sont susceptibles de transformer une partie des cotisations sociales et de l’impôt en revenu disponible ou capitalisé. Ce revenu peut être utilisé pour améliorer la couverture des risques faiblement pris en charge par le régime obligatoire.
Couvertures complémentaires : à chacun ses besoins
Au-delà du coût et du rendement des cotisations sociales, l’optimisation sociale doit s’appuyer sur la relation entre la couverture acquise grâce au régime obligatoire et les besoins objectifs des individus. Cette analyse peut mettre en évidence d’importantes carences, notamment sur des risques lourds (invalidité, décès), mais aussi en matière de retraite, faiblement prise en charge par le régime obligatoire.
Or, nombre d’artisans et de commerçants se dotent en priorité d’une bonne mutuelle santé ou d’une complémentaire retraite. Beaucoup négligent de s’assurer contre les risques d’invalidité, de décès, d’hospitalisation longue durée ou encore de dépendance, véritables gouffres financiers pour l’exploitant et sa famille lorsqu’ils surviennent.
En analysant la position de chacun face à ces risques, il peut s’avérer utile d’améliorer la couverture sociale par la souscription de contrats complémentaires.
Ainsi, l’optimisation sociale ne rime pas forcément avec diminution des sommes consacrées à la couverture sociale, mais plutôt avec l’efficacité des sommes affectées à cet effet. Ceci que se soit sous la forme de cotisations au régime obligatoire, de contrat complémentaire ou encore de produits de capitalisation.