Le Domaine de Manon est perché au coeur du village de Plascassier, près de Grasse, la capitale mondiale du parfum.
Depuis trois générations, cette exploitation familiale cultive la Rose Centifolia (dite “la Rose de Mai”) et le Jasmin.
Ces fleurs-là ne finiront pas dans un vase, mais serviront à l’élaboration des plus grands parfums. Rencontre avec Carole Biancalana, 38 ans, qui
a repris l’exploitation de son père il y a 11 ans.
“La reprise de l’exploitation n’a pas été une évidence”, confie Carole
Biancalana. “Je me suis d’abord consacrée à mes études, j’ai ensuite
travaillé dans le domaine de la banque. Il ne fallait pas me parler de rose et de jasmin”. Le déclic, elle l’a eu lorsque son père a envisagé son départ à la retraite. Elle n’a pas admis l’idée d’abandonner
les champs dans lesquels elle avait grandi. Pendant cinq ans, son
père l’a accompagnée, lui a transmis son savoir-faire, jusqu’à ce que Carole Biancalana reprenne l’exploitation en 2004.
“l’aboutissement de mon travail”
“Certes, j’ai dû tout apprendre mais cela m’a permis de remettre de la saisonnalité dans ma vie, retrouver des odeurs, une certaine liberté. Mon métier est plus concret qu’un travail derrière un ordinateur”. En période de floraison (de mai à début juin et d’août à octobre),
chaque matin, Carole Biancalana cueille ses fl eurs fraîches et les dépose aussitôt à l’usine de Grasse, qui extrait “la concrète” (le résultat de l’extraction des fleurs par l’hexane), puis “l’absolu”, c’est-à-dire le parfum pur. Un kilo d’absolu représente entre 700 et 800 kilos de fleurs fraîches. Cette matière première part ensuite chez les plus grands parfumeurs. Aujourd’hui, Carole Biancalana vit confortablement.
Elle produit chaque année plusieurs tonnes de roses et de jasmin. En 2009, elle a décroché un contrat avec une grande marque, Dior, qui lui achète l’intégralité de sa production. “C’est une réelle satisfaction d’être en relation directe avec la création, d’autant plus que j’aime être force de propositions ; cela m’offre une certaine liberté”, explique-t-elle. “Il faut savoir qu’un parfum est composé de 50 à 100 absolus différents (entendez “fleurs différentes”), provenant du monde entier, et me dire que mes pétales sont dans le dernier parfum de Dior, me procure une grande fierté”, s’enthousiasme-telle.
Un label bio à la clé
Pour augmenter la qualité de ses fleurs, Carole Biancalana plante d’abord des roses et des jasmins sauvages, sur lesquels, un an après, elle greffe de la Rose Centifolia ou du Jasmin Grandiforum. Ainsi, elle augmente leur
longévité, leur procure une plus grande résistance et fortifi e leur parfum. Ce processus est assez onéreux et demande une année de sacrifice sans production. Mais lui fait gagner jusqu’à 10 ans de vie pour ses roses et 20 ans pour les jasmins, de quoi tenir jusqu’à la retraite !
Par ailleurs, elle a choisi de certifier ses parcelles en agriculture biologique. Le domaine de Manon sera donc labellisé “bio” en 2013.
Des contraintes…
Comme tout agriculteur, notre productrice est toujours sur un fil par rapport aux conditions météorologiques. “Les aléas climatiques peuvent anéantir une année de travail. 2010 a été particulièrement mauvaise à cause d’orages et de nuits d’été fraîches. Jour et nuit, on est toujours sur le qui-vive”, explique-t-elle. Une autre difficulté, et pas des moindres, est le recours à du personnel saisonnier. Chaque année, elle doit recruter plusieurs saisonniers. Difficile d’en trouver, et de les fidéliser, car le travail proposé est aléatoire. Il dépend de la cueillette, qui peut aller jusqu’à 150 kilos de roses fraîches par jour. Et puis, certains, très expérimentés, demandent à être rémunérés au rendement plutôt qu’à l’heure ! Alors il faut concilier les demandes des uns et des autres. L’administratif devient vite un souci, il faut s’entourer et être
conseillé.
Quand son activité se diversifie
Depuis plusieurs années et suite à une forte demande, le Domaine de Manon a ouvert ses portes au public. Les gens souhaitaient découvrir des champs de fleurs, un savoir-faire, l’histoire de la renommée de Grasse. “Ces visites ne sont que des bonus, elles ne doivent en aucun cas empiéter sur la qualité des soins apportés aux fleurs”. Alors,
pour que la production ne pâtisse pas des visites, elles sont limitées à une journée par semaine et groupées au maximum. À l’issue de ces visites, les invités ont droit à une dégustation de confiture de jasmin, de roses et autres spécialités artisanales confectionnées par notre productrice.
Elle voit deux avantages à cette diversification. D’abord économique, puisque les visites sont payantes (6 € la visite par personne). Et aussi humain. “Ça fait du bien d’être entourée et de partager sa passion devant 100 yeux émerveillés”, raconte-t-elle.
Carole Biancalana ne s’arrête pas là et a soif de développer son activité. Elle a deux projets prioritaires. Déployer sa surface d’exploitation, en passant de 11 000 m2 en pleine production aujourd’hui à 30 000 m2. Et diversifier les variétés de fleurs.
Les roses et les jasmins du Domaine de Manon ont de beaux jours devant eux, de quoi enivrer les plus grands adeptes de parfum !
> Carte d’identité
Le Domaine de Manon
36 chemin du Servan – Plascassier
06130 Grasse
Chef d’exploitation :
Carole Biancalana
Activité :
Production de fl eurs à parfum
Exploitation :
11 000 m2 de roses et jasmin (en cours de certification en
Agriculture Biologique)