Témoignage client-adhérent Cerfrance

Comment l'élevage a transformé une exploitation céréalière bio de 740 hectares

Jean-François Cortot est associé au sein de la SCEA des Tours, une exploitation de 740 hectares en grandes cultures biologiques, située en Côte-d’Or. Depuis son installation en 1998, il n'a cessé, avec ses associés, de faire évoluer son système de production. En 2020, l'arrivée de deux poulaillers de poules pondeuses, puis d'un atelier ovin, a marqué un tournant inattendu pour cet ancien « pur céréalier ».

Pouvez-vous nous présenter votre exploitation ? 

Jean-François Cortot : Sur les 740 hectares, deux tiers sont consacrés aux grandes cultures bio et un tiers aux légumineuses fourragères, principalement de la luzerne. Mon associé, Hervé Lallemand, m'a rejoint en 2003, au départ de mes parents. Nous sommes quatre associés, avec mon fils et celui d’Hervé. L'équipe compte aussi deux chauffeurs et un berger. À l'origine, l'exploitation était purement céréalière. Je l'ai convertie en bio dès 2001, trois ans après mon installation. 

 

Qu'est-ce qui a motivé votre passage à l'élevage ?

J.-F.C. : La conversion en bio m'a amené à introduire de la luzerne sur un tiers de la surface. Associer l'élevage aux cultures s’est imposé comme une évidence : notre système reposait sur la vente de fourrages et l’achat d’amendements organiques. Pourtant, dans mon esprit, c'était encore : « Des animaux, moi, jamais ! ». Et puis, deux de nos enfants ont souhaité s'installer. Ce sont eux qui ont proposé d'investir dans deux poulaillers pour loger 24 000 pondeuses, en 2020. Cela a permis de dégager un revenu supplémentaire et de mieux valoriser nos céréales. Nous avons aussi réduit nos achats de fientes de plus de moitié, ainsi que notre dépendance aux aides de la PAC. L’investissement – 1,8 million d’euros – était conséquent mais nous avons bien cadré les choix techniques et nous n’avons jamais regretté.

 

Comment les ovins sont-ils arrivés dans ce système ?

J.-F.C. : Les moutons sont venus plus tard. Nous faisions appel à un éleveur transhumant pour faire pâturer la luzerne en hiver car, avec le changement climatique, celle-ci pousse de plus en plus tard dans l'année. Sans ce pâturage, les mulots proliféraient, protégés des prédateurs par le couvert végétal. Nous avons décidé de créer notre propre atelier, en limitant l’investissement à l'embauche d'un berger et à l'achat de quatre chiens. Le troupeau compte 500 brebis, conduites en extérieur toute l'année, en un seul lot, sans renouvellement. Nous achetons des reproducteurs du Massif central, qui allient une forte rusticité et une bonne conformation.

Depuis, nous avons adapté la conduite : les brebis sont abritées lors de l'agnelage pour faciliter la surveillance et permettre d'isoler les mères pendant les 24 heures nécessaires aux soins des nouveau-nés. Là encore, pas d'investissement lourd : nous utilisons un bâtiment de stockage partiellement vide à cette période, ainsi que des matériaux de récupération. Résultat : nous avons divisé la mortalité par deux.

Côté sanitaire, nos interventions se limitent aux vaccins et aux échographies. Les ovins sont déplacés par la route, ce qui suscite de nombreuses interactions : les voisins proposent de participer, les automobilistes s'arrêtent pour nous regarder passer et prendre des photos. C'est un vrai plaisir !

 

Qu'est-ce que l'élevage a changé dans votre organisation ?

J.-F.C. : L'élevage a bousculé nos habitudes, c'est indéniable. Trois personnes sont principalement dédiées aux animaux. Mais nous veillons à rester polyvalents : chacun peut remplacer l'autre, ce qui permet à chaque associé de conserver cinq à six semaines de vacances par an. Sur le plan économique, l'élevage nous apporte une meilleure valorisation des céréales et des fourrages, une hausse et une sécurisation du revenu, ainsi qu'une plus grande autonomie. C'est un système plus robuste, plus cohérent et, finalement, plus épanouissant.

Les conseils de Jean-François Cortot pour réussir l’introduction de l’élevage sur une exploitation céréalière

  1. Prévoir une main-d'œuvre suffisante, bien s’entendre et s’organiser dans la gestion du travail.
  2. Se renseigner auprès d’organismes techniques ou d’éleveurs expérimentés, et se former. 
  3.  Adapter la conduite technique à l’environnement pédoclimatique, en cohérence avec ses propres objectifs.
  4. Anticiper les contraintes sanitaires et réglementaires liées aux risques d’épidémie.
  5. Déléguer certaines tâches spécifiques à des prestataires : enlèvement des poules pondeuses et nettoyage des poulaillers, parage et tonte des moutons…

Ces contenus peuvent vous intéresser

Présidence du Réseau Cerfrance : élection de Agnès Petit

Lors de l’Assemblée Générale du Réseau Cerfrance qui s’est tenue le 11 juin 2026 à Paris, le nouveau Conseil d’Administration a élu Agnès PETIT, Présidente du Conseil...
En savoir plus

[Etude Cerfrance X Ifop] Facturation électronique : une réforme connue de 3 dirigeants clients-adhérents Cerfrance sur 4

Le Réseau Cerfrance a mandaté l’institut de sondage Ifop pour la réalisation d’une enquête d’opinion auprès d’un échantillon de 600 clients-adhérents Cerfrance,...
En savoir plus

Réactivation de l’aide exceptionnelle à l’embauche d’apprentis

Pilier pour la formation professionnelle, plusieurs mesures d’aide à l’employeur se sont succédé pour favoriser l’apprentissage et l’embauche d’un apprenti, depuis...
En savoir plus

Se préparer à la facturation électronique

À six mois de l’entrée en vigueur de la réforme, la facturation électronique devient une priorité stratégique pour les entreprises. Obligatoire pour toutes les...
En savoir plus