La ferme des Capucines réinvente son modèle avec un projet de valorisation des ressources
À Lironcourt, dans les Vosges, sur un territoire rural et peu peuplé, la ferme des Capucines a diversifié ses activités pour sécuriser ses revenus, mieux valoriser ses ressources et renforcer son autonomie. Explications avec Sophie Berbé, associée du GAEC des Capucines.
Publié le 07.05.2026
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Gérer pour Gagner : Pouvez-vous retracer l’historique de l’exploitation et les grandes étapes de son développement ?
Sophie Berbé : Mon mari s'est installé hors cadre familial en 2003, dans le sud-ouest des Vosges. Je l’ai rejoint en 2005, après une formation agricole intensive de neuf mois. François n’était pas issu du milieu agricole, mais nous partagions la volonté d’entreprendre et de construire une exploitation viable et innovante. Il est titulaire d’un BTS ACSE et moi d’un DUT technicocommercial.
À la reprise, l’exploitation produisait 350 000 litres de lait avec un atelier allaitant. Nous avons concentré nos efforts sur l’atelier lait, qui atteint aujourd’hui 680 000 litres, et arrêté l’élevage allaitant. Nous avons aussi créé une unité de méthanisation de 160 kW, l’une des plus petites du département, qui valorise les effluents et produit notre propre énergie. Ce projet, ambitieux et novateur, illustre notre stratégie : aller jusqu’au bout de la chaîne de valeur.
Comment la diversification par la transformation s’est-elle intégrée à votre stratégie globale ?
En 2017, nous avons lancé la vente directe à la ferme avec des steaks hachés. Nous avons ensuite développé des pâtes à tartiner et de la confiture de lait, puis, en 2022, un atelier de crèmes glacées. Aujourd'hui, nous transformons environ 1 % de notre production de lait.
Cette diversification repose sur deux axes : la création de produits à forte valeur ajoutée, comme les pâtisseries glacées (gâteaux, bûches, galettes) et la valorisation maximale des ressources (le lait et les coproduits tels que les blancs d’œufs). Dans un environnement rural peu dense, la variété de l’offre est un levier essentiel pour attirer et fidéliser les clients. Elle contribue aussi à différencier l’exploitation et à renforcer son positionnement premium.
Quels bénéfices cette diversification apporte-t-elle l’exploitation et à votre organisation ?
La diversification a amélioré la rentabilité et la résilience de l’exploitation. L’installation d’un robot de traite en 2025 a permis de libérer du temps pour la vente directe et le développement des produits transformés. Aujourd’hui, l’équipe se compose de trois personnes : mon mari et moi, associés, et notre fils, salarié à 80 %.
Les principaux défis résident dans la charge de travail et les contraintes d’un territoire peu peuplé. Pour les surmonter, nous avons multiplié les circuits de commercialisation : magasin à la ferme, magasin de producteurs, revendeurs locaux, restaurateurs et manifestations estivales.
Au-delà de l’aspect économique, la diversification a généré un véritable capital humain. Les échanges avec les clients, les partenaires et les autres entrepreneurs nourrissent nos idées et nos projets. Lorsqu’elle s’inscrit dans une stratégie cohérente et intégrée, la diversification devient un puissant levier de croissance durable et de résilience pour une entreprise agricole.
Les conseils de Sophie Berbé pour diversifier son activité
- Analyser son activité et son territoire : évaluer ses compétences, ses ressources et les besoins du marché local pour choisir une activité cohérente et réaliste.
- Étudier la viabilité économique : réaliser une étude financière (investissements, rentabilité, délais de retour, risques).
- Monter en compétences : se former ou s’entourer de partenaires pour sécuriser le projet et acquérir les savoir-faire nécessaires.
- Tester progressivement : commencer à petite échelle pour limiter les risques et ajuster l’offre selon les retours clients.
- S’appuyer sur les aides et les réseaux : mobiliser les dispositifs d’accompagnement, les aides publiques et les réseaux professionnels pour consolider le projet.